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Lettre 17 - Conflit avec les Juifs

Césarée


J'ai des nouvelles à te donner. Je viens de vivre la semaine la plus palpitante de ma vie. J'ai vraiment mis le feu aux poudres. Jérusalem est en ébullition, le tumulte s'est propagé dans tout le pays, et ici, à Césarée, je suis assailli par une foule de Juifs en colère.


Au début, tout s'est bien passé. Les troupes ont atteint l’Antonia alors qu’il faisait encore nuit et les étendards ont été hissés sur les remparts. On pouvait les voir depuis certaines parties du Temple. Je dois te dire qu’à l’aube, les prêtres commencèrent leurs préparatifs pour le sacrifice du matin et peu après, la foule des fidèles se rassembla. (Une bonne coutume, car cela oblige les gens à se lever tôt.) Le jour venait à peine de se lever quand quelqu’un remarqua les effigies sur les mâts. Ils ont l’œil du faucon quand il s’agit de nous. Aussitôt, un tollé général s’est déclenché. Certains se sont précipités vers l’Antonia, d’autres vers les prêtres, d’autres encore sont retournés en ville pour répandre la nouvelle. Caïphe s’est rendu à l’Antonia en un clin d’œil et a supplié Marcius de retirer à tout prix les étendards de la vue du public. Marcius a poliment décliné et l’a renvoyé vers moi. Caïphe a déclaré qu’il allait devoir adopter une position ferme ; il avait déjà convoqué le Sanhédrin ; ils se plaindraient non seulement auprès de moi, mais aussi auprès de Rome, et ils le feraient savoir au peuple, mais il doutait que l’on puisse empêcher la foule de lancer une véritable attaque contre la citadelle. Marcius n’a pas cédé et Caïphe ne savait plus quoi faire. Pendant ce temps, tout Jérusalem s’était rassemblé dans le Temple et autour de l’Antonia, Ils nous menaçaient aussi bien que le Sanhédrin. Beaucoup d’entre eux étaient armés de gourdins et de pierres, et lorsque Caïphe sortit des bureaux du Sanhédrin pour s’adresser à eux, ils le menacèrent violemment, accusant le Sanhédrin d’avoir infligé cette “insulte” à leur religion à cause de sa tolérance à notre égard, et exigerent qu’il nous fasse expulser sans délai. Caïphe répondit que le Sanhédrin ferait tout son possible, mais qu’il ne devait y avoir aucune violence; ils m’enverraient immédiatement une puissante délégation à Césarée et, si je ne cédais pas, ils feraient aussitôt appel à César pour demander mon renvoi. Il ajouta que si certains parmi la foule choisissaient d’accompagner la délégation, cela leur était permis; cela leur permettrait de me prouver à quel point ils étaient profondément choqués par cet acte de sacrilège, mais un tumulte à Jérusalem ne ferait que causer un grave préjudice à leur religion et à leur pays. Caïphe est un homme rusé. Il leur a donné un défouloir pour leur colère et s’est lui-même donné les moyens (comme il l’espérait) de m’intimider.


Le prenant au mot, ils se sont rendus à Césarée. Oui, mon cher Sénèque, ils ont abandonné leur travail et leur religion et se sont mis en route, par milliers et par milliers, pour venir me rencontrer à Césarée. Ils ne provenaient pas seulement de Jérusalem, mais d’une centaine de villes et de villages; partout, à mesure que la nouvelle se répandait, ils se mettaient en route pour Césarée. Quand j’ai appris la nouvelle, je suis monté sur le toit du palais – c’était il y a quatre jours – et les routes étaient noires de monde à perte de vue. Ils marchaient d’un pas régulier, avec détermination, comme le font les Romains lorsqu’ils se rendent aux Jeux. Il y avait des gens de tous âges, des vieillards aux jeunes garçons. Leurs rabbins les plus érudits étaient là, chacun accompagné d’une suite de disciples et d’admirateurs. Une foule de prêtres du Temple escortait la délégation, qui était menée par Caïphe et Anne. Lorsque la délégation est entrée dans le palais, il y a eu une scène extraordinaire d’enthousiasme parmi eux. Le reste de la population observait la scène d’un air amer. Un peu plus de provocation, et il y aurait eu un massacre.


J'ai bien apprécié la conversation avec les prêtres. Caïphe était plein de dignité, Anne était agressif, et son fils Éléazar (ancien grand prêtre) était bruyant. Mais tous sans exception, avaient hâte de sortir de cette impasse. Ils craignaient la foule et, plus encore, leurs ennemis à Jérusalem qui s’employaient à saper leur autorité, les qualifiant de pro-romains, de”complices de l’idolâtrie” (le plus grand des crimes aux yeux d’un bon juif), de traîtres et autres épithètes du même genre. Tu peux facilement imaginer les arguments. De leur point de vue, aucun procurateur n’avait jamais fait une telle chose auparavant; César désapprouverait cela; César avait toujours été prévenant ; ni moi, ni César – surtout César – ne pouvions souhaiter des émeutes et une révolte publique, auxquelles il fallait s’attendre si je n’annulais pas mon ordre. Pour moi, la présence des effigies était un signe ordinaire de l’autorité romaine; c’était bien moins insultant que les offrandes quotidiennes qu’ils présentaient déjà à César et à Rome; j’avais fait tout mon possible pour ne pas heurter leurs sentiments en envoyant les troupes pendant la nuit; retirer les effigies maintenant serait une humiliation sans précédent pour César, et les retirer sous la menace serait une preuve flagrante de faiblesse.


Depuis cette réunion, ils sont revenues ici plusieurs fois, tant en public qu’en privé, et, de temps à autre, ils s’adressent à la foule. J’ai dit à Caïphe qu’il devait ordonner à ses partisans de rentrer chez eux, mais il a répondu que tout ce qu’il pouvait faire, c’était les faire taire en me promettant qu’il ne me laisserait aucun répit tant qu’il ne m’aurait pas converti. Loin de diminuer, leur nombre ne cesse d’augmenter. Beaucoup de gens viennent par curiosité, mais toutes sortes de fanatiques enragés arrivent de régions lointaines et tiennent des discours violents. Je ne sais pas comment ils subsistent tous, mais je suppose qu’une bonne querelle religieuse est pour eux comme de la nourriture et de la boisson.


Cette situation ne peut pas durer, mais j’avoue que j’ai un peu de mal à la gérer. Je pourrais les disperser par la force, mais je ne veux pas de bain de sang; tous ceux qui, à Rome, sont pour la paix et la tranquillité (et qui ne comprennent pas le moins du monde les difficultés des gouverneurs de province) se soulèveraient contre moi. D’un autre côté, je ne dois pas céder. Je tiens vraiment à donner une leçon à ces Juifs. De plus, il est vraiment important, d’un point de vue politique, de briser leur exclusivité, et j’ai fait un premier pas dans ce sens. La domination romaine est loin d’être véritablement acceptée ici; il y a un sentiment de rejet, lent mais constant, à son encontre et à l’encontre des prêtres qui la tolèrent. À moins que nous ne commencions à briser leur obstination, nous devrons, d’ici peu, reconquérir la Judée. Si seulement je pouvais compter sur un soutien adéquat dans mon pays, mais là… je sais que lorsque je parle avec la main sur la poignée de mon épée, je ne dois pas m’attendre à trop de sympathie de ta part.


J’aurai aimé que tu occupes toi-même ce poste pendant quelques mois.


Je te tiendrai au courant du dénouement.


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