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Lettre 20 - Le problème de l'aqueduc

Césarée


Je n’ai pas été surpris d’apprendre que les deux Hérode avaient porté plainte contre moi à Rome lorsqu’ils ont eu vent de ces effigies. Ces chiens ! Ils ont la morale des tribus métissées dont ils sont issus. Mais – grâce sans doute à toi et à mes autres amis – je les ai vaincus. J’ai reçu une lettre officielle au nom de César (rédigée par l’un des affranchis de Séjan) me félicitant d’être sorti d’une situation difficile sans effusion de sang, tout en critiquant mon action qui m’y avait conduit. La morale de l’histoire, c’est qu’il ne faut pas échouer; il faut certes réfléchir longuement avant d’agir, mais ensuite aller jusqu’au bout malgré toute opposition.


Antipas est trop occupé à comploter contre moi. Cela fait maintenant plusieurs semaines qu’il a emprisonné Jean et il vient juste de m’envoyer une lettre, un texte d’une hypocrisie suave, affirmant qu’un certain Jean, un fanatique dangereux, avait été arrêté de son côté de la frontière, mais qu’étant donné que cet homme appartenait à ma province et avait prêché la sédition pendant longtemps à l’intérieur de mes frontières, il pensait que je souhaiterais m’occuper moi-même de ce cas et il était donc prêt à me le livrer. Je lui ai répondu que mes officiers auraient arrêté Jean à maintes occasions s'il n'avait pas réussi à se réfugier sur le territoire d'Antipas, et qu'il valait donc mieux qu'Antipas s'occupe lui-même des incidents qui se produisaient sur son propre sol. Je risque encore d'avoir à faire face à des difficultés, car j'ai entendu dire que certains disciples de Jean parcourent le pays, suivant son exemple et, inutile de le préciser, proclamant que leur maître reviendra.


C'est un soulagement de se consacrer à la construction des routes et des aqueducs. Je suis vraiment heureux quand je vois les équipes d'ouvriers à l'œuvre sur les pistes qui mènent à Jérusalem: “des routes”, remarques bien, mon cher Sénèque, et non “une route”, car je fais refaire à la fois celle qui monte depuis la côte et celle qui part du Jourdain et de Jéricho. “Pourquoi tant d'efforts?”, me diras-tu. “N’est-ce pas une extravagance?” Non, car c’est grâce à ces routes que les matériaux nécessaires à mon aqueduc de Jérusalem peuvent être acheminés. Je t’assure que je vais être fier de cet aqueduc. Je compte sur lui pour perpétuer mon nom dans l’histoire. J’ai passé plus de temps dans les collines au sud de Jérusalem ces dernières semaines qu’à Césarée. Il y a quarante kilomètres de terrain des plus accidentés à dompter, et je chevauche d’un endroit à l’autre pour superviser les hommes qui creusent à travers les collines, brisent les rochers, bâtissent des ponts sur les ravins et posent les fondations de mes réservoirs. J’ai recruté des ouvriers dans toutes les régions environnantes, en Galilée et en Samarie, en Transjordanie, en Idumée, et même en Syrie, mais très peu à Jérusalem, la ville pourtant qui doit en bénéficier. Les habitants de Jérusalem ne veulent rien avoir à faire avec nous, même lorsque nous cherchons à les aider. Ils n’ont que du mépris pour les Samaritains et les Galiléens qui se rangent de notre côté pour leur apporter un bon approvisionnement en eau. Ils préfèrent se passer d’eau, ou avoir de l’eau insalubre, plutôt que d’accepter un salaire romain. Laisse-moi te raconter une histoire. Il y a un rabbin à Jérusalem qui a dit qu’il n’y avait probablement que deux vrais Juifs dans le monde entier: lui-même et son fils. Ou peut-être, a-t-il ajouté, n’y en avait-il qu’un seul: lui-même.


Je suis inquiet au sujet du coût de l'aqueduc. Les ouvriers sont payés régulièrement, mais d'importantes sommes devront bientôt être versées aux entrepreneurs. Elles ne pourront provenir des impôts ordinaires et, pour autant que je puisse en juger, je ne peux pas non plus instaurer un impôt spécial qui permettrait de réunir la somme nécessaire. J'ai demandé au Sanhédrin de me faire des suggestions, mais ils ne sont d'aucune aide. Ils parlent sans cesse, mais ne font aucune proposition. Ils disent que les entrepreneurs sont dépensiers, ou bien ils admettent la nécessité de l'aqueduc mais affirment que les travaux auraient dû être reportés, ou encore ils déclarent sans ambages que c'est à Rome de le payer. Je vais leur faire changer de discours, quand j'en aurai fini avec eux.


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