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Lettre 24 - Une leçon pour les Galiléens

Jérusalem


J'ai ressenti le besoin de t'écrire à nouveau avant de partir pour l'une de mes inspections périodiques de la province. Marcius et Joseph m'ont tous deux prévenu que je risquais d'être mal accueilli à cause de la saisie de l'argent sacré. Je n'en suis pas si sûr. Pour eux tous, certes, c'est un sacrilège, mais les paysans n'aiment pas le clergé cupide et avide de Jérusalem, qui s'engraisse de leurs offrandes; d'ailleurs, seule Jérusalem profite de mon don d'eau de qualité. Pourquoi Jérusalem n'a-t-elle pas payé son eau, évitant ainsi que le tribut du Temple ne soit confisqué? Peut-être ne serai-je pas si impopulaire, après tout. Je ferai savoir au peuple que le Sanhédrin souhaitait payer l’aqueduc avec les impôts du peuple.


Cela fait maintenant un mois depuis le coup d'État, pour lequel j'ai reçu de nombreuses félicitations de la part de mes amis. À l'exception d'un incident grave, tout le monde s'est comporté de manière assez pacifique. Je n'ai pas faibli dans ma détermination. J’ai interdit toutes manifestations, réunions publiques et même rassemblements dans les rues. Cela a mis un terme à leurs discours de rue. Les pires contrevenants n’étaient pas les prêtres et les avocats eux-mêmes, mais les jeunes donneurs de leçons qui assistent à leurs conférences et alimentent l’esprit critique qui manque au peuple. Il y avait un homme en particulier, un type obstiné, un Juif de Tarse à la voix forte et au raisonnement logique, qui, lors de son arrestation, n’a pas cessé de clamer qu’il était citoyen romain. Il s’est avéré qu’il l’était, il a donc été relâché, mais j’ai demandé au centurion de lui chuchoter de ne plus retomber entre nos mains, car même un citoyen romain risquait la mort s’il tentait de s’échapper. Il y eut aussi, pendant les premiers jours, des affiches séditieuses qui me diffamaient, moi et César. La ville en fut littéralement envahie, jusqu’à ce que nous surprenions un groupe de trois personnes en train de les coller sur les murs de l’Antonia pendant la nuit. Au matin, il y avait autre chose sur le mur de l’Antonia, en plus des affiches.


Comme je te l’ai dit, il y a eu un incident grave. Il a été provoqué par un groupe de Galiléens qui s’étaient rendus au Temple. Ces gens-là ne sont jamais très appréciés à Jérusalem. On les considère comme un peuple métissé, un peu inférieur au Juif judéen de souche, et j’ose dire qu’ils le sont effectivement, vu leur proximité avec les Phéniciens, les Grecs et diverses tribus syriennes. Les Galiléens se considèrent aussi valables que n'importe quel Juif vivant; ils sont d'autant plus rebelles envers nous, les Romains, qu'ils sont eux-mêmes gouvernés par un demi-Juif, comme Antipas, et, de toute façon, une visite à Jérusalem est pour eux une excursion à laquelle ils se rendent avec une exubérance bruyante. Ce groupe, arrivé il y a quinze jours, avait entendu parler de ma saisie de l'argent du Temple, mais ne savait pas que les manifestations étaient interdites. Lorsque la foule bruyante parvint à l’Antonia, je fis envoyer quelqu’un pour les avertir, mais en vain. Ils nous injurièrent avec colère et déclarèrent qu’une fois entrés dans le Temple, ils protesteraient contre le sacrifice rituel offert à César et à Rome. Je les fis suivre jusqu’à la cour extérieure du Temple par une troupe de soldats qui se jetèrent sur eux l’épée à la main alors qu’ils achetaient les animaux destinés à leurs propres sacrifices. Les autres Juifs assistèrent à la scène sans intervenir. Je pense que la preuve que je n'hésiterais pas à intervenir même dans le Temple a fait bonne impression. Les derniers membres du groupe galiléen ont repris le chemin de leur pays le jour même et, lorsqu’ils auront répandu la nouvelle, cela devrait servir de leçon à leurs compatriotes et les dissuader de prendre des libertés avec moi. J’ai envoyé un rapport à Antipas et l’ai supplié de mieux contrôler ses sujets.


Je n’apprécie guère ce que tu me dis au sujet de la prolifération des “informateurs” à Rome. Si un homme prend parti pour ou contre Séjan, il en assume les risques et ne devrait pas se plaindre du résultat; mais ce système expose même les plus innocents à la rancune et à la vengeance personnelles. Un Romain devrait assurément être à l’abri d’une dénonciation de la part de son affranchi. Pour ma part, je ne prête aucune attention aux informateurs anonymes, bien qu’ils soient nombreux à l’œuvre. Ceux qui nous haïssent le plus cherchent toujours à nuire aux prêtres et aux nobles qui travaillent avec nous, mais à moins que le dénonciateur ne soit prêt à se dévoiler, je ne l’écoute pas. Je sais que je peux compter sur ton soutien à cet égard. Pour la rébellion, il n’y a aucune pitié! Mais notre justice romaine ne doit pas servir à régler des comptes personnels. “Admirable”, dit L. Annaeus Sénèque, “et sous cette rubrique figure l’appropriation de l’argent sacré du Temple!”


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