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Lettre 4 - Instructions de Valérius

À bord: En route vers Césarée


La mer n’est que légèrement agitée et je ne devrais pas me plaindre, mais je me réjouis que ce voyage soit court comparé à celui depuis l’Italie.


J’avais l’intention de te raconter ce que Valerius m’a dit au sujet de la Galilée. Comme tu le sais, la Galilée et la Pérée (qui se trouve à l’est de Jérusalem, de l’autre côté du Jourdain) sont toutes deux sous la domination d’Antipas, fils d’Hérode, qui, en changeant habilement de camp pendant nos guerres civiles, a non seulement conservé son royaume, mais l’a même agrandi. Je me suis plaint à Valerius que ces territoires, en particulier la Galilée, devraient être sous la juridiction du gouverneur de Judée. Le bon sens l’exige. La Galilée est juive, elle est florissante et riche, et Jérusalem est sa capitale nationale et historique. Ses habitants considèrent Jérusalem comme leur ville sacrée et s’y rendent constamment. Quelqu’un de sensé songerait-il à départager un pays de cette manière, et pourquoi devrions-nous le tolérer juste parce qu’Hérode avait trois fils à qui il voulait subvenir ? Valerius m’a immédiatement donné raison. “Il y a plus que cela”, ajouta-t-il, comme tu vas bientôt le découvrir. Les Galiléens, comme tous les Juifs, haïssent les Romains, et ils sont aussi indépendants et obstinés qu’on puisse l’être. Mais quand ils veulent semer le trouble, ils quittent la Galilée, où ils ne peuvent rien changer ni rien accomplir, pour se rendre en Judée, c’est-à-dire à Jérusalem. La dernière révolte sérieuse, il y a une vingtaine d’années, lorsque nous avons pris le contrôle du pays, a été menée par un vaurien du nom de Judas, originaire de Galilée. C’était une véritable rébellion. Le pauvre procurateur de Judée n’a pas le droit, selon César, de laisser éclater la moindre rébellion, et en même temps, il ne peut pas réprimer les débuts de sédition en Galilée, même s’il en a connaissance, car c’est le royaume d’Antipas et il ne doit pas s’en mêler. “Alors nous devrions, dis-je, nous débarrasser d’Antipas.” Valerius sourit. “Cela fait dix ans que j’attends, dit-il, et il ne m’a jamais donné de moyen de le faire.” Tu peux être sûr qu’Antipas ne laissera pas une sédition éclater en Galilée s’il peut l’éviter, car il sait que les Romains pourraient saisir cette occasion pour incorporer son royaume à la Judée. Il entretient de bonnes relations avec le gouverneur romain de Syrie et a des amis à Rome. À l’instar de son vieux père, un homme sans scrupules, il flatte les Juifs en respectant leurs coutumes et se maintient au pouvoir en flattant les Romains. Tous les Hérodes sont pareils. Ils savent que sans les Romains, les Juifs les expulseraient en un rien de temps, car les Juifs ne les aiment guère, même s’ils aiment encore moins les Romains.


J’ai demandé à Valerius comment il avait réussi à maintenir le calme pendant dix ans alors que tous les Juifs détestent les Romains avec la même intensité. Il répondit “C’est tout à fait vrai, qu’ils nous haïssent tous. Il n’y en a pratiquement aucun qui nous adresserait la parole, et encore moins qui mangerait avec nous s’il pouvait l’éviter, mais ils ne nous haïssent pas tous avec la même intensité. Il y en a certains à Jérusalem qui préfèrent supporter les Romains plutôt que de perdre le pouvoir et la position qu’ils occupent. Leurs nobles familles sacerdotales – parmi les plus arrogantes que l’on puisse trouver en Asie – régnaient sur tout le pays avant l’époque d’Hérode. Hérode détruisit leur pouvoir et faillit les anéantir. Aujourd’hui, ils ont repris de la hauteur. Nous leur avons redonné une grande partie de leur autorité, surtout en matière de religion, et, pour la conserver, ils sont prêts à nous tolérer. Ils ne veulent pas qu’un autre Hérode les balaye d’un revers de main et les livre au bourreau. Ils n’aiment pas non plus la sédition – à moins qu’elle ait des chances de réussir –, car ils connaissent la puissance de Rome. Ils n’ont que faire d’un Judas, qu’il vienne de Galilée ou d’ailleurs, qui, en déclenchant une révolte populaire, risquerait de les mettre en conflit avec Rome et de mettre fin à leurs privilèges. Ils passent donc des accords avec Rome. “Nous vous haïssons et vous méprisons’, disent-ils, “mais à certaines conditions, nous pouvons vous aider. Laissez-nous en paix et nous maintiendrons le calme dans le pays pour vous.”


Tu vois, mon ami, combien j'apprends vite. Je vais travailler avec ces prêtres à Jérusalem et guetter une occasion – que j'ai peu de chances d'avoir – de faire trébucher Antipas. Grâce à toi, à Valerius et au secrétaire Alexandre, je deviendrai bientôt un homme d'État. Quoi qu'il en soit, je vais insister pour que la garnison de Judée soit renforcée. Quatre mille hommes, ce n'est pas suffisant. Je ferai valoir, quand j'en aurai l'occasion, qu'il me faut davantage de troupes pour surveiller les frontières de la Galilée et de la Pérée.


Je ne t'ai finalement pas parlé de la délégation, mais je t'écrirai à nouveau avant que nous débarquions à Césarée.


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