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Lettre 9 - Décision de partir à Jérusalem

Césarée


J’ai décidé de me rendre à Jérusalem dans peu de temps. Ici, je ne vois pratiquement aucun de mes Juifs. Césarée regorge de Grecs, de Syriens, de Phéniciens, d’Égyptiens et de toute cette racaille. Il y a certes beaucoup de Juifs, mais ce sont des gens du peuple : des marchands, des usuriers et autres. Les hommes qui ont de l'importance se trouvent à Jérusalem, et c'est comme si c'était à des milliers de kilomètres, alors que ce n'est qu'un peu plus haut dans les collines. Caïphe prend soin de rester en contact avec moi, mais pour la plupart d'entre eux, je pourrais tout aussi bien ne pas exister. Je pars donc faire la connaissance d'Annas et de ses amis.


En outre, je veux voir leur quartier général: le nid où ils nourrissent leurs séditions, s’il y en a ; la forteresse qui, selon Marcius, causera bien des soucis même à Rome s’ils venaient à nous défier. Je dois examiner les défenses et réfléchir à la position de ma petite garnison au cas où un soulèvement se produirait. Quant aux routes et à l’approvisionnement en eau – vous m’en féliciterez, je le sais –, ces choses sont toujours en mauvais état jusqu’à ce que les Romains se chargent de les réparer. Je suis également curieux de voir leur temple, même si je suppose qu’ils ne me laisseront guère y jeter coup d’œil, et je tiens à découvrir où ils gardent l’argent du temple, ne serait-ce que pour le protéger contre les voleurs. Tu n’as pas à te méfier de moi ; je n’imiterai pas Crassus ou Sabinus, et tu sais que si on pillait leur trésor, c’est moi qu’on accuserait. Je t’assure que je suis prêt à collaborer avec eux, mais je dois d’abord découvrir quel genre de personnes ils sont et ce qu’ils font. Ici, à Césarée, j’ai l’impression d’être coupé de ma propre province, et cela m’inquiète, bien que le chef de mes services de renseignement me rapporte que tout est calme et qu’il n’y a aucun signe de troubles à l’horizon. Il s’agit d’ailleurs d’un Samaritain hellénisé, du nom de Joseph. La plupart des membres de sa famille ont perdu leurs terres et leur vie entre les mains d’Hérode. Il déteste les fils d’Hérode et il déteste les Juifs, ce qui en fait un serviteur utile pour nous. J’espère me rendre à Jérusalem dans trois semaines.


Les Jeux se sont très bien déroulés. Les Gaulois et les Bretons se sont brillamment battus. La foule était si ravie qu’elle a insisté pour qu’ils combattent encore et encore avec de nouveaux adversaires, jusqu’à ce que presque tous aient été tués. L’affrontement entre les lions et les Iduméens n’a pas été aussi réussi ; les lions ont mis les Iduméens en morceaux, si bien que ce fut vite terminé. L’un des Iduméens s’est vaillamment battu et j’aurais aimé l’épargner, mais les lions étaient trop rapides.


Il y eut un incident curieux qui illustre l’obstination de ces Juifs. Il y en avait quatre ici en prison, condamnés à mort pour brigandage. Je leur ai proposé de les laisser combattre un tigre, à condition qu’ils soient armés de n’importe quelle arme en bois de leur choix ou de leur fabrication, mais qu’ils rendent d’abord un hommage public au buste de César dans l’arène. Ils étaient tout à fait disposés à se battre – c’étaient tous de beaux et robustes hommes –, mais ils ont refusé de rendre hommage à César. Je leur ai dit qu’ils seraient jetés au tigre comme ils étaient, et ils m’ont ri au nez. Ils ont donc été jetés, et maintenant Alexandre, avec un air sombre, m’avertit que les Juifs ont une objection religieuse à ce que leurs corps soient déchiquetés par des animaux. Ils ont tant d’objections religieuses.


Post-scriptum.


Je t'écris cette lettre pour t'informer qu'Alexandre, soutenu par Marcius, Joseph et tous les autres, vient de m'annoncer que je ne peux pas me rendre à Jérusalem à la date prévue, car c'est le jour du sabbat juif. Cela serait, disent-ils, une grave offense; ils le prendraient comme une provocation délibérée; il y aurait des lamentations, des protestations et peut-être même des émeutes. «Des émeutes le jour du sabbat!» ai-je dit. «Certainement pas!» Mais je pense qu'ils pourraient faire une exception et tolérer quelques émeutes. J'ai bien sûr dû céder car je l'ai immédiatement compris en voyant le visage de Marcius. Il m’a dit: “Le sabbat est incroyablement sacré pour eux. Ils ne feront ni ne toléreront aucun travail d'aucune sorte. Il ne faut pas faire ceci, il ne faut pas faire cela. Il me semble qu'il n'y a pratiquement rien que l'on puisse faire. J’ai demandé à Marcius: “leur fleuve sacré, le Jourdain, coule-t-il le jour du sabbat ou se repose-t-il? “. “Il y en a certains, répondit-il, qui ne mangent pas d’œuf s’il a été pondu le jour du sabbat.» “Si vous avez une jambe de bois, demandai-je, pouvez-vous vous promener avec elle le jour du sabbat?”. Rien ne déconcertait mon Marcius. “Je crois, répondit-il, que leurs érudits sont divisés sur ce sujet.” J’avais du mal à me retenir. “Évidemment, dis-je, le jour du sabbat, ils ne s’acquittent pas des besoins naturels?” Alexander intervint: “Vous avez tout à fait raison, dit-il en me regardant avec admiration. Certains d’entre eux ne le font pas.” J’étais un peu perplexe. “Mais supposons que… “, dis-je, puis nous fûmes interrompus et le sujet fut abandonné.


Il vaudrait mieux que tu m'écrives un autre de tes admirables essais sur la vertu de la tolérance et l'égalité des hommes, car je t'assure que j'en ai grand besoin en ce moment.


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